« Douala serenade, sans blague »

Ils font tout ça ils m’énervent et en plus ils m’énervent. Je ne sais pas comment ça se passe dans vos villes mais y a des jours où vraiment tout m’énerve dans très chère capitale économique.

Dimanche, en chemin pour mes précieux cours d’infographie (chacun son programme, hein !), le côté droit de la vallée Bessengue (un quartier parmi tant d’autres ici) est barré. Devant nous, un cortège de plus de 100 personnes défile fièrement. Les femmes se déhanchent, les hommes bombent le torse sous les propos dont j’ignore la signification. Le tout accompagné d’un orchestre digne des veillées mortuaires d’antan. Apparemment,c’est une autre obédience religieuse parmi la centaine aux tentacules puissantes qu’il y a à Douala. Ils ont l’air tellement heureux et moi tellement en colère que j’adhère à la pensée du chauffeur de taxi : « vraiment ce pays ! ».

On rallie le carrefour « Mobile Bonakouamouang », direction CBC Nganguè, un autre quartier de Douala.  Les passagers, « bassa » de leur état (je m’en excuse), ajoutent à ma colère avec une technique de drague aussi minable que vulgaire. Et puis on dit que le romantisme existe ? Didon.

La boucle est bouclée lorsqu’à 200 mètres de ma destination, je dois descendre. Motif, route barrée. Raison : Obsèques du voisin.Dieu me pardonne,  j’ai maudit le mort.

Après 8ans de fréquentation d’amour, je me suis faite une devise que je m’attèle à respecter. Elle tient en 3, ou devrais-je dire en un mot triplé : Patience ! Patience ! Patience ! S’énerver ne changera rien. Jugez-en par vous-même l’étendue des motifs de précipitation à la tombe pourles pauvres citoyens que nous sommes.

 Nuisance sonore

La semaine dernière je suis assise dans un bureau, en train de me torturer les méninges sur un billet à livrer sous peu. Le voisin d’à-côté, propriétaire d’une discothèque ambulante comme il en fourmille dans Doualaen ce moment, lance le son « secouer secouez » de la Ponceuse nationale. Instinctivement, je me mets à esquisser ses coups de reins si particuliers, au désarroi de mon boss. « Ce n’est pas volontaire chef, c’est le voisin qui est venu s’installer à côté »pensé-je, sans le formuler. C’est ainsi maintenant. Les bureaux côtoient les discothèques ambulantes. Aucun planning. Aucun avis de manifestation. Tant que leur message passe. Au grand dam des âmes travailleuses.Au moinsils ont encore du respect pour notre sommeil.

 Les motos

Les gars n’y voyez rien de personnel. Je prends un malin plaisir à monter sur vos engins mais faut dire qu’il y a des joursoù vous donnez envie de vous refaire le portrait. Lorsqu’ils ne vous servent pas des injures du style « le cul de ta mère », « les reins de ton père », ils vous obligent àréaliser de véritables prouesses de gymnastespour traverser la rue. Avec eux, il faut disposer de 4 yeux. 2 devant, deux derrière. Depuis qu’ils sont interdits d’entrée dans les quartiers de « boss » (Bonanjo, Bonapriso, Bali, certainement à cause des comportements décriés plus haut), c’est à peine s’ils ne vous agressent pas pour que vous montiez sur leurs « précipite-moi-vers-la-tombe ».

 Les injures

Ohhh !!!Personnellement, comme je le disais, mieux vaut être patient parce que la marque d’injures que l’on peut te servir à Douala dépasse l’entendement.Mais vous l’entendez quand même. La moindre occasion fournie le prétexte. Elles ont tellement bon usage qu’elles s’apparentent désormais aux formules de politesse. « Elang » est synonyme de bonjour ou bonsoir selon les circonstances, « Mouf » merci et que sais-je encore ?

 L’insalubrité

Les agents d’Hysacam ont beau s’acharner à rendre la ville semblable à ses jumelles d’ailleurs, rien n’y fait. A peine balayé, le lieu retrouve son état d’antan. Il y a carrément des quartiers où il vaut mieux passer avec un mouchoir aux effluves du dernier Paco Rabane bien centré sur tes narines.

A New-Bell et Nkongmondo,doubler de moustiquaires vous étouffe. Essaye alors de ne pas en posséder. Le lendemain tu sauras ce qu’endure une personne atteinte de varicelle. Les moustiques ont trouvé leurs nids, les cafards et les souris (je crois même que ce sont des rats palmistes) se sont construits de véritables pays. Les plus forts abandonneront. A ce qu’il parait, les insectes sont loin de baisser les armes.

Aucune canalisation pour la circulation des eaux de ménages. Et lorsque les toilettes ne suffisent plus, c’est en pleine route que l’on te verse les déchets de poisson, sous prétexte que les chats et les chiens vont nettoyer.

Les ordures ménagères côtoient les aliments destinés à la consommation dans nos marchés.

 Les laisser aller

Le décompte est tout bonnement impossible. Il y a 6 mois, le voisin du bas de mon immeuble (depuis il a déménagé) me réveillait tous les 6h. Son horloge, musicale, était réglée sur  « coucou », le dernier tube de Charlotte Dipanda. J’aimais tellement l’artiste que grâce à lui, j’ai fini par détester le morceau.

Le voisin d’a – côté s’est mis à l’élevage des poules. Tous les jours, l’agréable puanteur de son nouvel investissementenvahit mon domicile.J’ai essayé de lui en parler :« Tu as la preuve de l’arrivée de l’odeur de mes poules chez toi ? » On peut alors attraper ou filmer une odeur ? Mieux je développe ma patience.

J’ai parlé des routes barrées. Pas d’annonce ou de prévisions. C’est séance tenante que tu constates les faits. La plupart du temps tu es pressée. La majeure partie ce sont des deuils, des fêtes, des meetings. Au grand dam des populations.

Avant l’incendie, pour traverser le marché Mboppi, dévasté par les flammes le vendredi 26 octobre dernier, il fallait pas moins de 30min. Les voitures se disputaient la chaussée avec les petits commerçants. Tu vas commencer par oùpour demander à un usager dudit marché de déguerpir ? Si les flammes de l’incendie n’ont pas pu le faire, mieux tu rentres dans ton trou.

Peut-être faut-il une incendie au lieu dit ancien 3e pour que la chaussée soit dégagée. Là-bas, c’est à qui peut poser un pied sur l’autre sans se faire écraser par une moto ou se faire dépouiller « discrètement » de ses biens.

 Les éternels travaux jamais achevés

Douala est une éternelle ville en chantier. Rien n’est anticipé. Tout est rattrapé ou arrangé. Les nids de poule, non pardon les nids d’éléphant ont la côte en ce moment. Dans tous les quartiers, administratifs ou non. Lorsque les entreprises chargées de la réfection ne te mettent pas hors service une avenue principale pendant 6 mois pour réfection somme toute approximative au final, c’est la caillasse qu’on verse au dessus du nid d’éléphant pour permettre aux voitures de circuler. Mon frère, lorsqu’un orage, par ces temps inopinés s’abat dessus, retour à la case départ. Bienvenue les embouteillages interminables. « Bébé attends moi stp. Le chauffeur contourne le quartier. Ton entrée est bloquée ».

 Tout cela dans une ville à 40° minimal à l’ombre. Au vu et au su des autorités compétentes.Pourquoi m’étonner  d’ailleurs ? Pourquoi devraient-ils se sentir concernés ? Où est même leur problème ? Ils vivent à Bonapriso et travaillent à Bonanjo. Aucune nuisance sonore, aucune moto n’y circule. N’est-ce pas d’ailleurs à dessein qu’ils les y ont interdites ?

Leurs enfants se rendent dans leurs écoles avec des chauffeurs. Leurs talents de gymnastes ne sont développés que dans le cadre des activités sportives. Leurs voitures sont climatisées, parfumées  et sonorisées version Pimp my ride +++. Comment pourraient-ils renifler des odeurs nauséabondes ou écouter les injures réservées par les conducteurs de taxi et de moto ?

 Et pourtant je crois que c’est la raison pour laquelle ils ont été « élus ». Veiller sur nos intérêts.

A Yaoundé, par exemple, les populations après une incompréhension avec le délégué auprès de la Communauté Urbaine de Yaoundé, Monsieur Tsimi Evouna alias « Jack Bauer », ont fini par comprendre le bien fondé de ses actions. Tout le monde chante ses louanges. Non !Nguimbis et les autres vont se charger d’en parler.

Moi je parle de ma ville. Bien qu’elle exagère, je l’aime malgré tout.

Shalom!!!

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Une réflexion sur “« Douala serenade, sans blague »

  1. Wouaha Max dit :

    Merci vraiment pour ces infos concernant le bled, la!! au moins je sais à quoi m’attendre quand je viendrai, mais j’aimeeee mn paysss jusqu’ààààà!!! en tout cas, très bel article Miss.

    Moi je pense qu’au lieu que les jeunes se pavanent à Monter ou à descendre, on pouvait réfléchir cmt monter une petite Usine de traitement de déchets pr générer l’électricité ou le gaz avec tous les ordures qu’il y a à Douala la, ca sera 100% sur de fonctionner. En tout cas, j’y reflechis dans ce sens la. Peace à mn bled.

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