I am black… and proud : Lettre ouverte à l’industrie de la cosmetologie

Messieurs, Mesdames (j’espère sincèrement qu’elles n’en font pas partie) bonjour !

Je vous écris pour vous dire que je suis noire, black, fière de l’être et surtout que j’aimerais le rester.

Je vous écris parce que j’en ai assez de plaindre mes sœurs (et mes frères depuis un moment) à tout bout de champs.

Il y a deux jours, en attendant le taxi dans une rue de Douala, j’ai frémi durant l’observation d’une passante.

Ses jambes étaient blanches comme la chaire d’un poulet de ferme. Ses veines aussi visibles qu’à l’aide d’un microscope. Une simple égratignure suffirait à la vider de son sang. En remontant le haut de son corps (elle avait par-dessus tout porté un décolleté), je n’ai pas su quelle conclusion tirer. Ses coudes étaient noirs, ses bras marron, son visage café et les doigts, je n’en parle pas. Elle m’a rappelé une artiste célèbre de chez nous qui fascine par une tenue de scène qui n’est en fait qu’un cache maquillage. J’ai manqué L’IMAGE, en caméra caché, de la passante. J’ai celles de l’artiste. Mais ce n’est pas le sujet.

Vous me direz bien que c’est son choix. Du moins c’est leurs choix. Vous aurez raison. Mais moi je vous dis c’est votre faute. Vous en avez fait la promotion. Que le public tranche.

Si je ne recevais pas autant de compliments sur ma peau black ébène, je serai certainement dans les rangs de celles qui portent sans cesse des « kabas »* ou des chemises à longues manches. Encore qu’elle n’ont même plus honte.

Vous l’avez certainement remarqué, plus un carrefour sans la présence de 2 ou 3 panneaux publicitaires mettant en avant les produits éclaircissants. Les stars se nomment White express, Bio claire, Extra clair, Inova. Dernière venue : Be light…  Caractéristique commune : Éclaircissement express. Certaines sociétés en ont fait leur spécialité ! Suivez mon regard.

Mes sœurs (cadres, professionnelles de sexes, directrices, chômeuses et même call-boxeuses) courent ensuite après une « uniformisation expresse » dont j’ai dû manquer le panneau ou le spot parce que ça n’existe évidemment nulle part. Et ce en dépit des combinaisons qu’elles passent leur temps à enchaîner sous les conseils très avisés des marchands de cosmétique diplômé de l’école du hasard.

« Papa God » n’est pas fou ! Quand il dit : « Fils, tu seras NOIR ! BLACK ! EBENE ! », c’est que tu seras noir ! Quoi que tu fasses.

Je ne sais quels conseils je n’ai pas reçu pour adopter un de ces fameux « TVG Eclair ». « Tu verras, ton teint va bien ressortir » me dit-on souvent. Le teint là n’est pas encore assez ressorti comme ça ? Si je n’avais pas une si haute opinion de ma personne au point de dire « va tourner » à un travail dont les conditions ne m’honorent pas en tant que femme ni en tant qu’être humain d’ailleurs, j’aurai déjà pris toutes les couleurs du cercle chromatique.

Jugez-en vous-mêmes de la qualité des offres de travail que l’on retrouve en ce moment au Cameroun : « Nous recherchons 10 hôtesses commerciales à la peau TRÈS CLAIRE (dans un pays d’Afrique Subsaharienne) pour une campagne de 2 mois à Douala. Merci. » Elle est signée d’une agence évènementielle digne de ce nom. Et comme disait une amie, « la bêtise n’a vraiment pas de limites ».

S’il y a des dames dans la constitution de votre service, j’en appelle à leur sensibilité, à leur solidarité vis-à-vis de leurs sœurs.

Imaginez vous un seul instant que c’est votre enfant, votre sœur, votre nièce qui se livre à de telles pratiques. L’encourageriez-vous sachant qu’à quarante ans maximum, elle se retrouvera à vouloir le chemin inverse, encore impossible dans notre pays ?

Vous me direz – et avec raison je l’avoue – que ces sociétés génèrent des emplois. Je n’ai pas refusé. Mais des emplois pour qui ? Et pourquoi aucun de leurs employés (j’ai vérifié) ne testent les produits. Comment savent-ils alors si c’est le bonne combinaison ? Sur le corps des autres ? Kaie !!!

« Charité bien ordonnée commence par soi-même », dit le proverbe.

  • Savez-vous que ces jeunes filles et garçons (aujourd’hui) sont exposés (inconsciemment) aux cancers de la peau dans un pays ou l’on n’arrive pas encore à soigner un petit paludisme ou dormir sous une moustiquaire ?
  • Savez-vous qu’ils s’abîment la mélanine pour postuler aux types emplois cités plus haut dont les seuls salaires restent la combinaison nouveau code coude – IST –  esclavage monétaire à répétition ?
  • Savez-vous que pour la plupart, leur seul critère de choix réside dans la publicité à laquelle ils ont été exposé ?

Vous avez le pouvoir. Ils ont l’ignorance. Ils n’aspirent qu’aux succès à tous les prix, signe d’ascension et d’acceptation social dans ce pays.

Messieurs, Mesdames, plutôt que d’encourager la jeunesse à se décaper, utilisez les panneaux publicitaires pour leur annoncer des formations ou des séminaires. C’est ce qui rendra leur avenir meilleur.

Mesdames, messieurs, si l’on ne vous le dit pas assez, la jeunesse camerounaise n’est ni à vendre, ni à prostituer. La majorité suivra la mode, la minorité consciente restera éveillée pour le changement.

Que de leur proposer des CDD continus, donner leur des CDI dignes grâce auxquels ils garderont leur dignité intacte et nourriront leurs familles.

Encouragez-les à faire leurs choix en leurs âmes et consciences en multipliant des campagnes de prévention contre le « décapage ignorant ».

Une aînée m’a demandé « toi quoi dedans ? ». Elle avait certainement raison ! Moi quoi vraiment dedans ? Rien ! C’est vrai.

Néanmoins, je n’aimerais pas avoir à surveiller mon lait de toilette à tout va. Au point ou l’on en est, c’est à se demander si se décaper dépendra encore du libre arbitre de chacun. Je n’aimerais pas revenir au « mbol menyanga »**. Je ne suis plus un enfant.  J’aimerais continuer à me lever chaque matin et constater que ma peau est toujours aussi noire et toujours aussi belle parce que c’est ce que je suis : noire et fière. Black and proud.

Peace !!!

* « Kabas » : vêtement traditionnel au Cameroun essentiellement porté par les femmes
** « mbol menyanga » : Lait corporel traditionnel fait à base de l’huile des noix de palmiste

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14 réflexions sur “I am black… and proud : Lettre ouverte à l’industrie de la cosmetologie

  1. Emily dit :

    Vraiment très bel article !!!
    j’adore

    je suis aussi dégoûtée que toi de voir tous ces gens chercher à copier le modèle occidentale (encore qu’eux mm en retour veulent bronzer).

    pour moi y a pas meilleur que la peau noire ! le seul hommage que je puisse rendre à la mienne c’est la rendre propre et fraîche et pour cela je suis parvenue à un stade où j’achète plus de lait camerounais. les produits de mon propre pays !

    je ne pense pas non plus que je vais m’offrir à mon age de bébé encore que.. si çà se trouve ils y mettent aussi de mes produits « Clair Express » je parle d’hydroquinone

    j

  2. Emily dit :

    pour reprendre tes mots : « Et ce en dépit des combinaisons qu’elles passent leur temps à enchaîner sous les conseils très avisés des marchands de cosmétique diplômé de l’école du hasard. »

    c’est drôle et pourtant très. A croire qu’ils y sont allés faute d’orientation et non pas par passion.

    Où est passé le contrôle qualité dans notre pays ? quand je pense que ce sont des filières présentes dans nos « facultés »..

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