Comment je suis devenue indifferente aux Lions Indomptables

Cette fois je n’ai pas le choix ! Je suis obligée, à défaut de suivre, d’être au courant de la préparation des lions en vue de la rencontre décisive face au Cap-Vert  le 14 Octobre prochain. Leurs préparatifs sont diffusés dans tous les médias autant de fois que le permet la programmation. Chacun rivalise d’adresse pour obtenir l’interview d’un des 26 chanceux. Les supputations vont bon train. A Yaoundé semblerait-il, chacun de leur déplacement est à l’origine de bouchons immenses. Heureusement pour moi, je n’y vis pas.

En 2005, lorsqu’ils avaient manqué, dans ce même Yaoundé, la qualification pour la coupe du Monde 2006, j’ai failli manquer de découvrir la saveur inégalable de la Guinness. Je ne tiens pas particulièrement à renouveler l’expérience. Si à cette époque je sortais à peine de l’adolescence avec la fougue propre à cette période, aujourd’hui, je pense avoir la maturité nécessaire pour faire le choix.

Je ne renonce pas, mais je suis assez lucide pour savoir quand et comment supporter les Lions indomptables.

Je suis fan de football. Comme tout camerounais, j’ai appris à l’aimer et à le pratiquer très tôt (5ans si mes souvenirs sont bons) aux côté s de mon père. N’interrogez pas les annales, il n’y figure pas. Et pourtant il aurait dû. C’était l’un des plus doués que j’ai connu (Shalom papa). Il avait juste choisi la raison (la tenue militaire) face à sa passion.

Moi j’ai failli y figurer. Blague à part ! Mais un tacle trop appuyé à mon genou de l’actuelle capitaine des lionnes en 2000 dans un petit stade, comme il en fourmille des milliers au Cameroun,  a mis fin à mes espoirs de carrière à la Marta. Donc je suis devenue grande supportrice. De Manchester, depuis que j’ai eu accès au chaînes du câble. Des lions indomptables surtout et avant tout. Pas de ces lions, mais des  vrais Lions. Ceux qui mettent de côté leurs égos, la popularité de leurs clubs, le montant faramineux de leurs salaires pour répondre à l’appel de l’honneur, à celui de la Patrie.

Malgré mon jeune âge à l’époque, j’ai retenu l’hymne du mondial 90 en Italie. Si vous en doutez, testons nos connaissances. Je me rappelle des capsules de Guinness que je collectionnais lors de la coupe du monde 1994 aux USA. Je me souviens d’avoir revécu, avec beaucoup d’émotions, quelques années plus tard, l’épopée de la génération 90.

J’ai encore en mémoire les courses folles que j’avais menées dans un petit quartier d’Okola, alors qu’on venait de gagner l’Egypte, notre bête noire en quarts de finales  de la CAN 2000. Lorsque 2ans plus tard, en 2002, nous rejoignions le Ghana et l’Egypte au palmarès des pays 4fois vainqueurs de la coupe d’Afrique, je montais sur mes talons de fierté.

En 2003, le 29 Juin, la France et le Cameroun foulaient la pelouse du Stade de France, pour la finale de la coupe des confédérations,  avec le portrait de Marc Vivien Foé décédé 3 jours plus tôt au stade Gerland de Lyon. Il valait mieux être très loin de moi pour dénigrer mon équipe.

 Je passe sur les nuits blanches devant l’écran, à attendre les rencontres de football des jeux olympiques de Sydney en 2000 dont l’image la plus présente dans mon esprit reste la victoire, à 9 contre 11 du Brésil de Ronaldinho aux quarts de finale. Ce sont des souvenirs cuisants, immuables dans la mémoire de tout camerounais, fan ou non de sport.

Je ressentais leur envie de vaincre et je les soutenais du mieux que je pouvais. Si je n’ai jamais acheté ni porté un maillot (c’est mon choix), je ne ratais jamais aucun de leurs matches. J’avais même manqué de réduire en miettes l’unique poste de télévision de notre maison parce que je voulais accompagner un tir de Samuel Eto’o.

Si en 2004, je n’ai pas vraiment été déçue, mon insensibilité elle démarre en 2005. Pas parce qu’ils avaient perdu  (non qualification pour le mondial 2006 face à l’Egypte) mais surtout au doigt accusateur pointé sur Pierre Womè Nlend à cause d’un tir au but manqué ! Un coup du sort qui n’épargne aucun joueur bon sang !  Samuel Eto’o himself en a fait l’expérience  le 04 Juin 2011. A la manière dont ses propres coéquipiers lui avaient tourné le dos, j’ai commencé à douter de leur esprit d’équipe. Deux ans plus tard, je confirme mon diagnostic malgré une prestation remarquable à la CAN. La désillusion du mondial Sud Africain ne me servira que confirmer le déclin. De cette génération du moins.

L’équipe est finie (chez nous, c’est être vraiment au plus mal).  Elle ne manque pas d’énergie ! Non ! La plupart de ses joueurs évoluent dans les plus grands championnats d’Europe – Asie, Amérique latine, Australie, MTN élite One excusez-moi, ce sont les seuls championnats auxquels je suis exposée-  Vous prendrez certainement l’exemple de la Côte-d’Ivoire. Ce n’est pas la même chose. La bande à Drogba joue de malchance. Peut-être lorsque Drogbut (c’est son surnom depuis ses années à l’OM) sera près de mettre fin à sa carrière, ils y arriveront finalement.

Non ! L‘équipe des Lions indomptables manque d’âme. Aucune cohérence, aucun schéma, aucune projection. Ils livrent chacun de leurs matches comme s’il était un singleton et non faisant partie d’une suite logique destinée à nous  hisser au sommet du football avec nos immenses potentialités.  Qui ne connait pas Samuel Eto’o dans le monde ? Qui ignore le récent transfert d’Alexandre Song d’Arsenal au FC Barcelone ? Qui ne sait pas que Zlatan Ibrahimovic ne connaissait pas Nicolas Nkoulou, défenseur de l’Olympique de Marseille avec le classico du 07 Octobre ? Le but d’Olinga, Sociétaire du club de Valence figure désormais dans les records. Et pourtant, aux dernières nouvelles, nous ne sommes que 71e du classement FIFA.

Aujourd’hui, me demander d’ « Unir mes forces » pour supporter cette équipe, c’est au-dessus de mes capacités. J’aime les joueurs, je me tiens très à distance de l’équipe.

Comment les supporter lorsque ses dirigeants, au lieu de trouver des réponses aux problèmes de fond préfèrent rejeter la faute sur quelques individus aussi « insolents » soient-ils ? Comment supporter cette équipe lorsque le manque de cohésion et de solidarité pour la patrie est criard sur le terrain ? D’ailleurs, comment y parvenir si LA chaîne de télévision nationale, celle qui est censée la soutenir en dépit, de tout interrompt la retransmission d’un match à cause de la piètre prestation de son équipe en déplacement au Cap-Vert  aussi handicapée qu’elle ait pu être à cause des repas servis?

Si vous avez une idée, partagez-là parce que cette fois, le lavage de cerveau voulu avec le retour de l’enfant prodige et terrible dans la tanière n’y changera rien.

Je resterai indifférente à cette équipe des lions jusqu’au retour des Lions dans la tanière.