Kaissa Doumbe : le reve se realise après 35 ans d’attente

Le public l’attendait depuis longtemps. Elle désirait satisfaire cette attente depuis plus de 15ans. C’est finalement à l’IFC de Douala qu’ils se sont retrouvés pour le plus grand bonheur de l’art musical.

Il valait mieux avoir la culture de la ponctualité hier soir à l’IFC. Demandez aux retardataires détenteurs de billets ou ils étaient assis. S’ils sont sans fous comme moi, ils n’auront pas honte de vous dire qu’ils étaient assis à même le sol.

A 19h déjà, le hall de l’IFC, seule salle de spectacle digne de ce nom dans la ville de douala était bondé. A 19h30, plus moyen de bouger un pied. Les plus intelligents ont occupé les premiers rangs. Encore se donnaient-ils des coups de coude pour entrer le premier. Pour son retour après plus de 35 ans d’exil involontaire, personne ne voulait manquer le come back de KAÏSSA DOUMBE MOULONGO.

20h15. La voix d’Eric Christian Nya s’élève pour présenter l’artiste. Celle qui a évolué aux côtés des plus grands. De Manu Dibango à Césaria Evora, sa voix à conquis les plateaux du monde ou elle s’est produit.

Bien que face à la salle comble, le public ne l’écoute que d’une oreille distraite. Les yeux rivés vers ce rideau rouge qui passera au noir de même que la salle à la fin de son discours.  La reine l’a voulue ainsi. Lorsque la voix suave et groove s’élève derrière ce rideau interminablement sombre,  le silence règne. Tous sont dans l’attente de l’ouverture des deux pans derrière lequel s’élève les paroles d’une incantation, peut-être une prière, exécutée en a capella.

Et lorsque les rideaux s’ouvrent à 20h17 précisément, les amoureux se découvrent. Eux ont face à  eux une reine d’Egypte. Perchée sur ses talons, le port altier, sur une robe aux couleurs du sponsor mais qui ne perd rien de ses origines africaines dont les motifs sont visibles via l’interminable fente sur son côté gauche. Elle leur dit tout son amour sur les paroles de  « Mboa », entendez « le pays » en langue duala et Ewodi dont elle dit d’ailleurs en être « proud » à ses premiers mots.  Ce retour aux sources si longtemps désiré est si émouvant. L’attente fut si grande et l’émotion si immense qu’après la deuxième chanson, elle ne tarde plus à remercier l’Institut Français et Orange Cameroun, grâce à qui elle peut enfin réaliser le rêve de jouer devant son public, le public de son pays après le tour du monde.

Si aujourd’hui la belle vie aux Etats Unis, dans l’Etat de New York précisément,  elle n’a rien oublié de ses racines. Sur scène elle s’exprime en anglais,  français et ewodi et reprends les tubes de ses deux albums.  Les pas de danse non plus ne sont pas en reste. Elle ne manque pas de rappeler à a ses choeuristes que c’est l’Essewe qu’il faut danser. Si leurs pas à eux sont identiques à ceux de la province du Littoral, ses pas à elle sont plus proches de l’Europe que de l’Afrique. Qui pourrait le lui reprocher? Sa joie est si innocente qu’on en demande encore.

Elle n’a non plus rien oublié des siens. Sa mère qu’elle remercie pour son amour, ses proches présents pour CE moment ce soir. Ses larmes, de joie et de peine, sincères comme sa musique et vraies comme l’artiste émeuvent les 250 personnes lorsqu’au moment d’interpréter « I am so happy », titre éponyme de son deuxième album après « Looking there », elle se rappelle au bon souvenir de son frère, sa sœur décédés plus tôt mais surtout de son père parti un 18 Octobre 1994. Leurs photos respectives défilent en diaporama comme fond de scène. Un 18 Octobre donc comme le jour de son tout premier contact avec son public camerounais.  Un public auquel se sont joints les parles rares de l’heure de la musique Camerounaise. Martien Oyono à la Guitare, André Manga à la basse, Denis Moussinga au Clavier, Haoussa Drums à la batterie, Bibianne Sadey au chœur en compagnie de Gaelle Wondjè qui marquera la transition entre les deux phases principales du spectacle : le slow et le show.

Dès les premières notes il était évident que la belle est sous le coup d’une émotion et d’un stress intense dûs certainement à la crainte de décevoir son public pour ce premier contact. Imaginez-vous parler à vos proches après plus de 35 ans loin d’eux et vous comprendrez son anxiété.  Quelques  notes et coups de hanche plus tard aux allures très prononcés de bal à terre, Avec le professionnalisme qui la caractérise et le soutien de son public, c’est dans une ambiance très bonne enfant que leur première rencontre s’est achevée. Au point ou elle a dû exécuter un bonus face au « KAISSA » unanime que ne cessait de scander après son dernier titre, son public qui n’a pas vu le temps défiler tant le spectacle était…Amazing.

Un public qu’elle espère nombreux ces vendredi 19 à Douala et samedi 20 à l’IFC de Yaoundé pour les deux dernières dates de sa première rencontre avec son public. Avant peut-être une tournée nationale puisque son rêve est « d’aller partout dans son pays » mais surtout d’y ouvrir une « beigneterie ».