Stéphane Tchakam est mort!

Merci pour tout

C’était un Grand

Entre 5h15, heure de son décès et 7h ce lundi 13 Août 2012, jamais mobilisation n’avait été aussi parfaite. D’aucuns, sur leurs profils facebook demandant confirmation de ce coup de tonnerre. D’autres  proches, acceptant simplement la triste réalité. Celle du départ, celle de l’absence.

Un départ inexplicable

Ses proches n’arrivent toujours pas à comprendre à quel moment tout a basculé. Yvan Mayani, ami proche partageant le domicile du défunt depuis des semaines a l’impression d’être dans un rêve dont il se réveillera. Jeudi 09 Août il interprétait a capella, avec son téléphone portable pour micro, les titres de Pierre Akédengué,  Myriam Makéba et Angélique Kidjo. Trois artistes de son incomparable discothèque qu’il aimait d’un amour particulier.  Samedi 11 Août, avant le début de son malaise, il lisait « L’art des relations presse », attendait la livraison par un ami de plusieurs livres commandés en France et piaffait d’impatience pour son lundi 13 Août. Nous raconte-t’il. « Vivement lundi » peut-on lire sur son mur facebook.  A 40ans et 241 jours,  c’était pour lui le moment de reprendre stylos, dictaphones, ordinateur, aller-venues dans les artères de la capitale politique et donner vie et sens à ces mots qu’il aimait tant après deux semaines de congés maladie. Pour le Seigneur, c’était le début d’un autre parcours. Invisible et douloureux pour les humains. Eternel pour Stéphane. Un parcours qui a démarré à l’hôpital général de Douala le lundi 13 Août à 5h15.

 

Un journalisme dévoué à la culture

Stéphane Tchakam était journaliste. Aucun doute dessus. Ses interventions dans les chaines de radio et télévision ne trompaient personne. Ses plus belles productions, noires comme sa beau, blanches comme son âme, s’arrachaient dans les kiosques à journaux. Un journaliste de presse écrite donc par conviction. De ceux qu’on rencontrera difficilement dans le futur. «C’est plus contraignant, plus exigeant, plus méritoire et c’est ce qu’il y a de plus noble et de difficile dans le journalisme» affirmait-il. Contrairement à plusieurs aussi, il adorait les lundis. Pas pour les multiples papiers requérant son génie artistique et linguistique au quotidien Le jour – il y arrive comme Grand Reporter après sa démission en 2009 de la SOPECAM et en devient le Directeur de la rédaction en Décembre 2011, poste qu’il occupait jusqu’à son décès – mais pour ces Hommes, ces activités, ces histoires, ces sujets singuliers des pays de notre continent l’Afrique qu’il rencontrerait durant la semaine. Il avait la patience pour les dénicher, l’art de les écrire, le désir de les voir susciter l’intérêt de chaque lecteur quelle que soit sa position géographique et l’acharnement à les mettre en avant. Il a transmis la patience et le désir aux lecteurs qui se pressaient aux kiosques à journaux de lundi à vendredi. Ses pairs, ses collègues et ses cadets de la noble profession espèrent un jour avoir sa prédilection pour le journalisme de terrain, son art de lire et de vivre la culture noire.

A Yaoundé, il fait ses  premières armes au quotidien Mutations, ensuite à Cameroun Tribune. A Douala, il gagne ses lettres de noblesse. Il s’épanouit véritablement et devient Stéphane Tchakam. Une plume et un style dont le monde de la communication, sous toutes les déclinaisons possibles (entreprises, radios, télévisions, presse écrite, festivals, concerts, expositions, dédicaces,…) s’arrache. Là-bas, il s’ « occupe de politique et d’autres choses ». Ici, il « fait ce qu’il sens et qu’il aime ». Il « se détache de ses obligations formelles » à Cameroun Tribune – Chef service de la  communication à la division régionale de la SOPECAM pour la Littoral –  pour « investir les arènes culturelles de la ville de Douala » dont il découvre l’infinité. Sculpture, peinture, musique, littérature, poésie… Son antre est une véritable galerie d’art. Fruit de ses rencontres. De ses recherches. Il n’hésitait pas à prendre son sac à dos – son premier distinctif avec son sourire –  et rentrer à la source au moindre doute sur un article. Une habitude vieille du journal mural lors de son passage à l’ESSTIC. Il tenait à la transmettre à tous ceux qui désiraient exercer la profession. « Nous manquons cruellement de formations qui nous apprendraient comment lire un tableau ou une pièce de théâtre. Il faut en effet sauter sur toutes les occasions de séminaires et autres ateliers. Même si les multiplier ne saurait suffire. Il faut aimer et sentir la matière. Il faut aimer la culture et donc se cultiver. Le background. Bien entendu, le b-a ba, c’est de maîtriser la technique et écrire correctement » disait-il à la jeune génération réunie au sein de la Cameroon Critical Arts (CAMAC) lors de l’atelier d’échange tenu le 23 Juillet 2011 à Douala. C’est sans doute cette soif de connaissance et cette culture de l’excellence qui  lui ont permis de rafler des prix individuels et collectifs aux cérémonies de récompense du mérite des hommes de média depuis 2009.


 




Un homme sensible

De son passage terrestre, on gardera de Stephane le souvenir d’une immense sensibilité.

Sensibilité à l’horticulture. Entourant son domicile à Maképé,  ses variétés de fleurs viennent du Cameroun, du monde. Une des plus anciennes plantes de ce jardin semble consciente du départ de son géniteur. Ses feuilles généralement vertes à cette période de l’année ont soudain jauni. Sur les escaliers menant a sa porte se trouvent deux pots, souvenirs de son passage au pays de Nelson Mandela. Ses voisins avaient fini par s’accommoder de ce voisin sensible qui « prenait soin de ses plantes comme d’autres prennent soin de leurs biens matériels » et dont ils ne comprennent toujours pas le décès.

 

Sensibilité aux causes. Child-Up éveil enfant, Alternatives Cameroun, ADEFHO, …. Avec chacun de ses groupes, il partageait une histoire. Pour chaque individu de ces différentes communautés, il était un modèle.

Sensibilité aux êtres humains auxquels il opposait l’amour à défaut de l’indifférence face à leur méchanceté dont il se plaignait. Souvent. Malgré tout, il entretenait des liens sincères et particuliers avec quelques uns. Ils l’appelaient alors « Massa », « Tchaki » ou « Pa Tcha ». Dans la mesure du possible, il répondait présent aux sollicitations des autres.

Sensibilité aux siens. Bien qu’il ait souhaité conservé son indépendance, il n’avait jamais manqué à une seule sollicitation de sa famille. Pas par obligation. Par nécessité. Il y puisait sa force, son énergie, son sourire, son extrême humilité, son amour pour la vie.

Il aurait certainement développé la même sensibilité pour la famille qu’il envisageait de construire après son rétablissement. Mais il était écrit qu’il n’y aurait qu’un unique Stéphane Tchakam.

Celui au nom duquel ces collègues, ces cadets, ces artistes, ces amis, ces « Massa », ces autres, cette famille, en Occident, Afrique, au Cameroun, se sont tous réunis. Pour accompagner cet être exceptionnel  à sa dernière demeure à Bayangam, son village natal le 01er Septembre 2012. Auprès de son père comme il l’avait souhaité et dit à Yvan Mayani, ultime témoin de son séjour terrestre.

 

Tjat Bass